Vertigo, n° 45. L'empire de l'adolescence

Les corps juvéniles des nouveaux héros du cinéma mainstream
( Twilight , par exemple), et plus encore le nombre considérable
de films avec et pour adolescents qui ont vu le jour depuis une
quinzaine d'années invitent à penser que l'adolescence aimante
aujourd'hui une part considérable de l'imaginaire collectif. Loin
d'être circonscrit au seul teen-movie, le mode d'être adolescent
apparaît en effet dans nombre de récits contemporains comme un
état générique, érigé en nouvel idéal existentiel. Fantasme d'une
jeunesse éternelle dont la «jeune fille», icône postmoderne s'il en
est, constitue l'image exemplaire.
Des films de Kiyoshi Kurosawa, de John Hughes, de Gus Van Sant
aux récentes productions françaises ( Un Amour de jeunesse, À ma
soeur ...), des comédies écrites par Diablo Cody à celles de la bande
Judd Apatow, en passant par les séries télévisées américaines et
les clips de Martin de Thurah, il s'agit ici de cerner de près ce que
peut signifier ce privilège accordé à la figure de l'adolescent(e), de
saisir à quelles (nouvelles) manières d'être et d'habiter le monde
les adolescents qui peuplent les films et les images contemporaines
nous renvoient.
L'actualité de Larry Clark - la sortie en novembre 2012 de Marfa
Girl - nous offre l'occasion d'une coda. Depuis Kids , en 1995, Clark
n'a eu de cesse d'interroger les rites et les coutumes de la jeunesse
américaine, sa contre-culture et ses excès de sexualité et de
violence, déchirée entre consumérisme et liberté, autodestruction
et rébellion, nihilisme et utopie, dressant un portrait à la fois
empathique et critique des enfants perdus de l'Amérique.