L'ironie de Socrate : essai sur l'ironie philosophique

Pour Socrate, l'ironie est essentiellement interrogeante et désirante (dans
la racine grecque eironéia , on trouve le désir et l'éros). C'est un discours
sur l'amour sensuel, mais aussi sur l'amour de l'Idée de la beauté.
Contrairement à l'ironie batailleuse des sophistes visant à accréditer une
opinion insidieuse, celle de Socrate est une attitude philosophique en
quête de connaissance vertueuse.
Loin d'être suffisance ou «gai savoir», cette ironie «ex-centrique»,
dérangeante comme «le taon», est une forme de sagesse, une libre
raillerie visant, au moyen de la maïeutique interrogative et du dialogue
amical, à détruire les préjugés et les stéréotypes ; ce qui, en définitive,
devrait amener l'interlocuteur à un état d'aporie, de doute et de remise
en question de tout ce qui lui a été inculqué comme mensonges et fausses
vérités.
Pour ce philosophe qui n'a rien écrit, il n'y a qu'une seule certitude
qui vaille la peine d'être défendue, au prix de sa vie même, c'est celle de
l'in-science. C'est ainsi que le «je sais que je ne sais rien» devient chez
lui un outil de défigement de la pensée étouffée, durant des siècles, sous
le poids des «systèmes compacts» selon l'expression de Jankélévitch,
mais aussi l'antidote contre toutes les prétendues évidences religieuses et
idéologiques...