Les filles du feu

«Sylvie» nous mène au coeur de la géographie nervalienne et de
son univers mental : noms de villages et de jeunes filles en fleurs,
rondes et déguisements, initiation amoureuse et faux mariage,
chansons populaires et vieilles légendes, tout fait ressurgir le passé
tel qu'on le rêve : la résurrection du souvenir est aussi importante
que son contenu. Nerval est à la poursuite d'une image, celle d'une
actrice belle comme le jour et pâle comme la nuit. Tout se brise
et se recompose perpétuellement, à partir d'un feu primordial où
naîtraient les âmes. Il n'y a pas d'ordre, pas de hiérarchie, le monde
extérieur et le monde mental n'ont plus de frontière, ni d'ailleurs
l'érudition qui truffe ces récits.
La pensée est toujours soutenue par le chant : c'est pourquoi, non
seulement à cause des thèmes (et des femmes aimées), mais à cause
de la recherche de la poésie pure, Nerval a voulu annexer Les Chimères
à son recueil, dont elles sont le sommet et la conclusion.