On n'efface pas la vérité... : comment j'ai vécu la guerre d'Algérie : témoignages

" On n'efface pas la vérité... ", rétorqua-t-il à l'officier qui lui ordonna
d'effacer l'inscription : " L'Algérie vivra libre " peinte sur les
murs d'une maison d'un petit village kabyle.
L'auteur, appelé en Grande-Kabylie du 3 mai 1957 au 6 août 1959,
témoigne plus particulièrement sur la période relative à sa participation
imposée à la guerre faite au peuple algérien colonisé, en lutte pour la
conquête d'une patrie, d'une nation indépendante à part entière : " On
partait faire son service militaire, on s'est retrouvé sur des champs de
bataille... ".
Comme les quelque trois millions de jeunes Français de sa génération,
il est âgé de vingt ans lorsqu'il partit pour l'Algérie. Comme eux, il y
vécut "sa guerre", indépendamment de sa volonté.
Avant de partir et dès le début de la guerre en 1954, l'auteur était un
jeune homme engagé dans la lutte pour la paix. Son "service militaire"
vira très vite au cauchemar, d'autant qu'il y subit toutes les
affres d'une "vraie guerre" : combats, embuscades, tortures, assassinats,
destructions, napalm, souffrance des populations, vols,
viols... Durant ce séjour de vingt-sept mois en Grande-Kabylie, il
fut confronté notamment à la peur d'être tué mais aussi à la peur
d'avoir à tuer... À la suite d'une tragique embuscade l'ayant profondément
marqué, où il fut témoin de la mort du lieutenant et de
plusieurs copains, il réalisa qu'il aurait pu perdre la vie pour rien. Il
tint alors un journal pour "témoigner et dire la vérité" à son retour.
Il envoya quelque trois cents lettres à ses parents.
Un long silence, savamment entretenu, s'était installé. Depuis quarante-deux
ans, nombre de ces jeunes s'étaient renfermés sur eux-mêmes,
jusqu'à tomber dans une sorte de névrose qui perdure encore
aujourd'hui pour certains. Afin de rompre ce silence, il témoigne
de cette guerre, mais il nous parle aussi des rencontres qu'il fit, des
luttes qu'il mena, de 1954, début du conflit, avant de partir, puis en
Algérie de 1957 à 1959 et, après son retour en France, jusqu'à 1962,
date de la fin du conflit et de l'octroi de l'indépendance.
Il fait partie de ceux, encore trop peu nombreux, qui livrent leur
vécu.
Puisse cette publication être une contribution à la mémoire vivante
trop longtemps occultée de cette " guerre sans nom " dont trente
mille jeunes n'en revinrent pas et qui fit entre six cent mille et un
million de morts Algériens. Il n'est jamais trop tard pour rétablir la
vérité. Le 10 juin 1999, à l'unanimité, l'Assemblée Nationale substitue
les termes " opérations de maintien de l'ordre " par ceux de
" guerre d'Algérie ".
Le 31 octobre 2000, le "Comité des Douze" lance " L'appel à la
condamnation de la torture durant la guerre d'Algérie " à l'adresse
du Président de la République et du Premier Ministre.
Puisse ce travail aider à la construction de la solidarité et de l'indispensable
coopération à développer entre la France et l'Algérie dont
le peuple traverse une nouvelle tragédie.