Que la volonté du père

Mais pourquoi fallait-il que
cela advînt justement ce jour-là ? -
Qu'un tel accident fût possible,
c'était l'équilibre de l'univers tout
entier qui lui semblait à présent
ébranlé. Il eût voulu prier, mais
son esprit était sillonné par des
sentiments contradictoires : Dieu,
dont le curé enseignait la Bonté et
la Miséricorde de sa Providence,
pouvait-il frapper son père ? -
L'injustice contenue dans cette
pensée fulgurante le blessa durement
dans son âme et fit naître en
lui la révolte.
Jean et l'oncle Christophe
étaient occupés à nettoyer l'écurie
et à en chauler les murs quand ils
virent avec étonnement Françoise
accourir comme une folle dans
leur direction en criant pour les
appeler. La figure de la jeune fille
était rouge, elle avait tellement
couru qu'elle avait perdu sa coiffe
en chemin. Ses beaux cheveux
bruns s'étaient défaits et tombaient
sur ses épaules. Son agitation
extraordinaire trahissait le
désordre dans lequel elle était. Elle
s'exclama d'une voix altérée par
l'essoufflement dû à sa course
effrénée :
- Vite ! Venez ! C'est Père, il
est très mal, il faut le ramener chez
nous. Il est dans le champ Au
Platon.