La saga des culottes

Eliette est universelle, hélas !
Solitaire, grandiose et maléfique, Eliette s'ingénie à terroriser ses nièces puis
petites-nièces avec d'affreuses histoires de fantômes, à désespérer ses proches
par ses manies excentriques : renonçant au port de culottes «par hygiène»,
dissertant sans fin mais avec précision sur ses soucis de santé, humiliant son
entourage par ses remarques et son comportement lors de tragiques sorties
en ville ou au cimetière...
Cauchemar familial, femme forte et forte femme, Eliette appartient à chaque
famille comme le mildiou aux tomates, le gruau à la pâte et l'exception à la
règle.
Paule prétendait que dans la panoplie de la femme convenable devait toujours figurer
une culotte propre au cas où on devait être transférée à l'hôpital, ou pire encore
devant Dieu. C'est dans cet objet trivial que se cristallisait la dignité de l'humble et
de l'obscur. Eliette se mit à planer au-dessus de cette mystique. Elle défia, les fesses
à l'air sous ses tabliers de ménagère, des décennies d'ordre culottesque.