Le ravissement de la raison

Simone Weil (1909-1943) partage avec Rimbaud,
Lautréamont et Kafka le destin que Nietzsche
prophétisait pour lui-même : connaître une gloire
posthume. Publié au sortir de la Seconde Guerre
mondiale, La Pesanteur et la Grâce , établi à partir des
cahiers qu'elle avait laissés avant de s'embarquer
pour les États-Unis en 1942, provoque une surprise
générale. Comment une femme aussi jeune avait-elle
pu pénétrer aussi loin dans le mystère de la vie
et avoir sur elle les clefs de l'avenir qu'elle faisait
reposer en Dieu ? Qui était cette disciple d'Alain,
élève de l'École normale supérieure, agrégée de
philosophie ? Cette activiste de gauche, un temps
proche de Trotski, «manoeuvre sur la machine»,
c'est-à-dire ouvrière, qui écrivait avec un feu égal
à celui qu'on trouve aux Pensées de Pascal ?
Et surtout, qui était cette femme dont on apprenait
qu'elle venait de mourir par compassion pour ceux
qui souffraient un martyre qu'elle avait tenu à
accompagner, alors qu'elle luttait dans les rangs de
la France libre ? Cette femme était tout sauf une exaltée
: c'était l'être de la raison la plus puissante de son
temps. La présente anthologie invite à ressaisir les
étapes ultimes d'un pèlerinage de l'esprit, en quête
de la vérité.