Démontages d'empires

Dès les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, le monde est travaillé
par les aspirations à l'indépendance des peuples colonisés, dont l'exemple le
plus évident reste la conférence de Bandoeng. Les empires français, portugais,
japonais ou espagnol se démantèlent en ordre ou dans le désordre. Les
guerres d'Indochine et d'Algérie ont eu tendance à reléguer au second plan
historiographique les épisodes moins violents de transfert de souveraineté,
notamment en Afrique noire. Or, avec la création de l'Union française, les
manuels de droit de l'après-guerre se modifient déjà comme pour anticiper
le démantèlement à venir. L'Ecole nationale de la France Outre-Mer opère
une reconversion après s'être déjà largement africanisée. Des contributions
internationales abordent ce moment très particulier où l'ordre ancien et
l'ordre nouveau se superposent : transfert des archives algériennes vers la
métropole, renégociations parfois déchirantes des conventions économiques
et financières comme avec la Tunisie, rapatriement des entreprises de travaux
publics en Indochine ou des pieds-noirs du Maghreb, décolonisation
des institutions judiciaires au Maghreb ou création des universités africaines
francophones dans le cadre de la coopération... Au Sénégal, on décolonise
même pour mieux rester tandis que la décolonisation est bloquée en Angola
jusque dans les années 1970. Des parallèles éclairants sont faits avec
le XIX<sup>e</sup> siècle comme l'indépendance du Brésil où l'enjeu est de sauver la
couronne portugaise comme britannique.