L'esprit et le corps (considérés au point de vue de leurs relations)

Cet ouvrage de 1872 a une importance historique fondamentale en ce qu'il fait passage entre le fameux «mystère» de «l'union de l'âme et du corps» devenu, au XIX<sup>ème</sup>, celui de «l'union de l'Esprit et du Corps» et, grâce à lui, le désormais «problème» des relations de l'esprit et du corps; plus particulièrement des phénomènes mentaux et de la physiologie du système nerveux: l'incontournable Brain-Mind Problem de notre époque qui domine les enjeux des «neurosciences».
Bain n'ignore pas l'impact sensible de ce à quoi il touche en défendant la priorité de la recherche scientifique sur la spéculation: «depuis que le monde est habitué à la doctrine cartésienne (...) tout penseur qui soutient que la substance spirituelle séparée n'est ni prouvée ni nécessaire, se voit dénoncé comme voulant effacer notre existence spirituelle , et faire de nous des (...) machines à parler et à calculer . (Il se voit) obligé de protester qu'il ne nie pas l'existence du fait , ou des phénomènes que l'on nomme esprit , mais qu'il attaque seulement une hypothèse arbitraire et sans fondement dont on se sert pour représenter ce fait.» Il suffit de remplacer la «machine à calculer» par le «computeur» pour nous retrouver au plus vif des discussions les plus actuelles.
Selon Bain, l'Esprit est un «état» lié à un certain mode de déroulement temporel d'une suite d'événements du fonctionnement cérébral: «Sans certains modes particuliers de l'étendue - ce que nous appelons l'organe du cerveau, et le reste - nous ne pourrions avoir ces moments d'extase .» Tout est là, qui identifie l'«extase» (l'Ek-Stase?) qu'est l'Esprit à une modalité phénoménale, existentielle, de l'activité cérébrale (son «état d'esprit»...). Position qu'il expose à la lumière des progrès des connaissances, non sans rappeler les doctrines du passé.
L'essai d'Alexander Bain s'avère ainsi être un paradigme pour toute « philosophie de l'Esprit » à venir.