Moderniser l'Etat africain

Dans les crises de toute sorte que connaît le continent africain en ce début
du 21<sup>ème</sup> siècle, un acteur central est souvent désigné comme particulièrement
chargé de responsabilité : l'État. On le savait de constitution encore assez
faible : n'était-il pas un nouveau-né dans la société traditionnelle africaine, et
né pour ainsi dire de père étranger ? On le savait de santé assez fragile : or
l'arrivée des Africains aux affaires nationales n'allait-elle pas compromettre
les bases de cet instrument du "bien commun" en l'assujettissant aux caprices
ethniques des uns ou aux ambitions totalitaires des partis uniques des
autres ? Certains observateurs ont cru pouvoir parler de caricatures d'État,
d'autres ont brocardé les "États criminels", au risque de jeter les bébés avec
l'eau du bain...
Aujourd'hui l'urgence est là : aucune "grande société", aucune nation élargie
au-delà des limites de quelques villages ou ethnies, ne peut se constituer en
vérité et dans la durée sans un État qui en soit un. Ceux qui hier ont observé,
suggéré et encouragé la démission de l'État, Pierre Ayoun N'Dah les invite
avec insistance à "moderniser" ce qu'est devenu "l'État africain", restaurer,
voire simplement instaurer l'État, "missionnaire" de l'intérêt général au-delà
des intérêts particuliers de tous ceux qui s'en feraient volontiers prédateurs.
L'auteur décrit d'abord concrètement la progressive déliquescence de l'État
de Côte d'Ivoire au cours des précédentes décennies, un "État en trompe l'oeil",
dit-il - et propose par là même une interprétation de la crise en cours dans ce
pays. Puis, avec la foi de celui qui croit que l'État est symbole de Vie et de
Mouvement historique, il plaide pour une réforme de l'administration qui soit
susceptible d'assurer l'autorité de l'État, dans ses deux rôles primordiaux au
sein de la société nationale et de la communauté internationale. Cela suppose
bien sûr que l'État puisse s'adosser à une culture pertinente et en fasse la
promotion comme des divers chantiers qui relèvent de ses missions : la défense
et la sécurité, l'éducation et la santé, la jeunesse et les femmes, l'emploi et le
développement, etc.