L'avenir de l'islam en France et en Europe

En Europe, l'islam n'est pas seulement la religion qu'apportent divers courants
migratoires. C'est aussi celle que produisent des citoyens soumis à des
difficultés souvent aiguës, racisme, discrimination, exclusion, pauvreté, etc.
Hier, l'islam était la religion de pays plus ou moins lointains, et bien peu capables
ou soucieux de peser sur les grandes affaires du monde, de nations à peine
décolonisées, se débattant dans les problèmes du vaste tiers-monde. Ou bien
encore, au sein de quelques pays d'Europe occidentale, c'était la foi de
travailleurs immigrés, essentiellement des hommes venus seuls, sans femme ni
enfants, et se tenant à l'écart de la vie politique et culturelle de leur société
d'accueil.
Puis ce fut l'essor de l'islam en Europe, dans un climat général marqué par toutes
sortes d'inquiétudes sociales, économiques, ou liées aux valeurs, aux identités,
à la culture des pays concernés. La révolution en Iran, la montée en puissance
de l'islamisme radical, la dramatique expérience du terrorisme et du contre-terrorisme
en Algérie, l'irruption du terrorisme "global" de Ben Laden ont
conforté les images l'associant aux pires dangers.
C'est être aveugle et irresponsable que de faire l'impasse sur les dimensions
inquiétantes de l'islam contemporain. Mais c'est l'être également que de le
réduire à l'idée d'un péril meurtrier pour les hommes, et mortel pour la démocratie,
pour la culture et pour les valeurs universelles du droit et de la raison.
Sous la direction de Michel Wieviorka, responsable scientifique des Entretiens
d'Auxerre où ils se sont rencontrés en novembre 2002 pour aborder ces enjeux,
une quinzaine de grands connaisseurs de l'islam se penchent sur un fait religieux
qui se transforme en même temps qu'il bouleverse les sociétés européennes, du
dehors et du dedans.