Sao Tome et Principe de 1485 à 1755 : une société coloniale, du Blanc au Noir

L'histoire du Portugal a longtemps été conçue et écrite par les Portugais.
Dans ce parcours, les pays colonisés n'occupent d'autre place que celle de
mettre en valeur le courage et l'audace des conquérants. Ainsi, le
peuplement de l'archipel de São Tomé et Principe est assuré par des hommes
blancs, hégémoniques, ayant emporté un groupe d'Africains dominés,
destinés à garantir la domestication du territoire. Aussi, le problème de
l'apport noir africain, dans l'évolution de leur propre société, ne les a jamais
inquiétés ni interpellés. L'ouvrage consiste à s'opposer à l'acception
coloniale de l'histoire de ce pays, mais aussi et surtout à mettre en exergue,
sous toutes ses formes, la résistance des Noirs dont l'oppression avait été
jusqu'ici passée sous silence. Il s'agit d'apporter un nouvel éclairage sur la
mission portugaise et sur ses résultats : la société insulaire de São Tomé et
Principe se caractérise par une dualité permanente, une sorte d'équilibre ou
de cohabitation entre deux composantes, l'une reconnue puisque portugaise
et l'autre occultée ou ignorée, venue d'Afrique. Par cette démarche est
démontré le rôle réellement joué par les Noirs, esclaves ou libres, dans
l'établissement et l'instauration de la colonisation. Ainsi, en utilisant les
défauts, les difficultés d'adaptation au climat des Blancs, ils ont su s'imposer
grâce à la naissance des Mulâtres. Ces derniers furent les éléments de la lutte
pour la liberté puisqu'ils arrachèrent à la couronne portugaise la
reconnaissance statutaire de leur citoyenneté, mettant le pouvoir royal face
à l'absurdité de son comportement discriminatoire. Ils obtinrent en outre le
droit de participer à la vie administrative, politique, économique et
religieuse de leur pays. Ils deviennent les agents de la propagation de la
culture luso-chrétienne dans la région du golfe de Guinée, durant la période
du XVI<sup>ème</sup> au XVII<sup>ème</sup> siècle.