Le monstre : Espagne & Amérique latine

Le colloque qui s'est tenu à Pau du 13 au 15 mars 2008 se proposait de cerner
les conditions de l'apparition et de la survivance du phénomène monstrueux dans
l'aire hispanophone au long de son histoire et, singulièrement, dans ses déclinaisons
artistiques. Les travaux ici réunis prolongent et enrichissent ces débats.
Une première partie s'intéresse aux figures du monstre depuis les origines du
castillan écrit, au Moyen Âge, jusqu'à la fin du Baroque, en passant par les récits
de voyageurs vers l'Amérique, le roman picaresque, l'histoire politique, les traités
moraux et le théâtre du Siècle d'Or. En passant de la tradition païenne à la contre-réforme,
le monstre perd une partie de son caractère merveilleux, mais il y gagne
une dimension exemplaire, au service de la foi catholique et de la grandeur de la
monarchie espagnole.
La deuxième partie met en évidence la déréliction de l'Espagne et de ses
anciennes colonies américaines, après la lente décadence du consensus qui s'était
créé autour de l'idée d'empire : le monstre est de plus en plus souvent un proche,
voire un monstre intérieur, quand l'identité ne peut plus s'inscrire dans un schéma
politique, économique, religieux et artistique stable. Du héros romantique espagnol
aux orgies sanglantes d'un vampire argentin, c'est une longue litanie de soubresauts
meurtriers -guerres civiles, terrorisme, dictatures- qui alimentent autant de
névroses et d'introspections sur le fumier desquelles fleurit parfois un Picasso.
Qu'est-ce qu'être au monde quand autour de soi la réalité devient virtuelle ? Quand
des valeurs qui se rêvaient éternelles et exemplaires dévoilent un envers hideux, et
que les anges eux-mêmes déçoivent ? Quand les contradictions sociales explosent
aux marges et dans les phénomènes trans-genres ?
Au final, le monstre est vivant... et il se porte bien : il suffit de lire la production
littéraire contemporaine de langue espagnole (César Aira, Roberto Bolaño, Juan
José Millás...) pour s'en convaincre. Les travaux ici réunis puissent-ils contribuer
à ouvrir ce champ à notre réflexion.