Alternatives théâtrales, n° 75. Jean-Marie Piemme

La question de la choralité, depuis une dizaine d'années tout particulièrement,
se retrouve, comme dans la danse ou la musique, au centre de nombreuses
pratiques de la scène européenne. De Marthaler à Lev Dodine, d'Einar Schleef
à Stanislas Nordey, de Gabily et Tanguy à Fisbach, Delcuvellerie ou Lacascade,
le principe choral interroge la troupe, l'assemblée théâtrale, la cité, la communauté
et ses différentes manières de s'affirmer sur un plateau.
Que le modèle choral soit manifeste ou constitue un fondement sous-jacent,
c'est chaque fois la question de l'un et du multiple qui est privilégiée et met
la scène en mouvement. Au-delà des enjeux esthétiques et des recherches formelles
qu'il implique, il se charge d'interrogations politiques fondamentales.
Loin de l'image figée d'un choeur massif et uniformisant, ces choralités
se donnent pour horizon une unité qui n'effacerait pas les différences, mettant
en jeu les deux faces d'une question essentielle : comment être ensemble tout
en restant singuliers ? Comment faire un monde avec les solitudes ?