Propos d'un vieux chasseur de coqs

Lorsque le général Chambe (1889-1983) découvre
la chasse au coq de bruyère à l'âge de 30 ans, il
se prend de passion pour cette quête difficile et exigeante.
Année après année, il retourne dans la même
vallée de Savoie où souffle l'air vif des Alpes, seul ou
avec ses amis Louis et Alfred George, pour affronter
"l'oiseau noble entre tous". Merveilleux conteur, il
présente ces récits, dans la veine de ceux d'Alpinus,
avec son style clair, précis, imagé, brillant.
L'ouvrage est illustré de compositions de Xavier
de Poret (1894-1975), l'un des plus grands
dessinateurs animaliers du XX<sup>e</sup> siècle, et de nombreuses
photos inédites provenant du petit-fils de
l'auteur.
«Et soudain, voici au-dessus de moi le fracas
caractéristique du coq qui se lève, ce fracas terrible,
qui, quoi qu'on fasse, vous sèche toujours le sang
dans les veines, même quand on prétend être devenu
blindé et impavide. Presque aussitôt deux coups de
feu l'un sur l'autre, "Pan ! Pan !" m'annoncent que
le coq est mort, puis aussitôt deux autres coups en
arrière-plan, "Pan ! Pan !"
«Quelle fusillade ! Oui, le coq est mort, c'est
sûr, pas besoin de l'attendre !
«Mais quoi, c'est fou ! Le voilà, le coq, intact,
franchissant la fausse crête, la ligne de changement
de pente, comme un bolide noir et blanc. Il me
passe si près que je vois la grosse fraise écarlate de
son sourcil. Quelle magnifique lyre !»