Les monuments de l'eau : aqueducs, châteaux d'eau et fontaines dans la France urbaine, du règne de Louis XIV à la Révolution

Dans son Cours d'architecture publié en 1691,
Charles d'Aviler définit ainsi la fontaine : «Se dit
de toute source d'eau vive et c'est, par rapport à l'art
de bâtir, un composé d'architecture et de sculpture, qui
prend ses différents noms de sa forme ou de sa situation,
et qui sert pour la décoration et l'utilité des villes,
et pour l'embellissement des villes.» Mais l'édification
d'un monument d'eau ne se limite pas à la seule
intervention du fontainier, de l'architecte et du sculpteur ;
il requiert le concours de plusieurs corps de métier qui
contribuent à assurer la solidité et l'efficacité du dispositif
hydraulique qu'il abrite. La conception des formes et le choix
des matériaux relèvent non seulement du goût de l'architecte,
de l'ingénieur ou du sculpteur qui en donne les plans,
mais aussi de nombreux impératifs techniques, dictés
par la présence de l'eau et les activités qui en découlent.
Commanditaires, concepteurs, maîtres d'oeuvre et usagers
représentent ensemble toute la population citadine. C'est
pourquoi le récit de la construction des aqueducs,
des châteaux d'eau et des fontaines, et celui de leur entretien,
met en scène la ville entière, révèle ses besoins, ses activités,
ses aspirations et ses ambitions. Le monument hydraulique,
objet d'utilité et objet de mémoire, est susceptible d'en rendre
compte. Équipement ou véritable monument commémoratif,
sa structure et son décor racontent l'histoire de la vie
quotidienne, de l'exercice du pouvoir, des arts
de la construction, des techniques, l'histoire de la sculpture,
de l'architecture et des embellissements, et, à travers
ces différentes disciplines, l'histoire des idées.