Agone, n° 43. Comment le genre trouble la classe

Il est rare que l'épouse soit la seule femme qui réalise, «hors
marché», le travail domestique au sens large : bonnes et
prostituées, pour ne citer qu'elles, souvent migrantes,
interviennent également, contre une rémunération plus ou
moins sonnante et trébuchante. Cela implique-t-il pour
autant que la classe des femmes n'existe pas, parce que les
antagonismes entre «Madames» et migrantes sans papiers
l'auraient fait voler en éclats ? Ce serait aussi simpliste que de
penser que le prolétariat est un concept dépassé parce qu'on
trouve en son sein des contremaîtres. La classe des femmes
existe dans la mesure où existe une très nette division
sexuelle du travail, qui exige des unes qu'elles réalisent le
travail de reproduction sociale et qui en exempte les
membres de la classe des hommes. Et il convient d'observer
un organisateur du travail beaucoup plus à même de dresser
des stratégies à moyen et long terme : l'État, en tant qu'agent
des logiques d'accumulation de capital.