Lettre à ceux qui persistent à vouloir faire leur droit

S'accorder un droit d'inventaire, c'est à la fois s'autoriser à faire
un tel constat dans le but de le partager avec d'autres et d'être
critique envers ce qu'on juge. La révolution technologique
du droit nous offre à cet égard une formidable opportunité.
Impression 3D, fab lab, big data , ubérisation, force est de
constater que le droit court derrière cette nouvelle « révolution
numérique ». Les algorithmes nous espionnent et restreignent
les libertés publiques, ils calculent les indemnités au service
des compagnies d'assurance. La diminution lente et continue
des services chargés de veiller à l'application du droit affaiblit et
parfois anéantit l'efficacité de ces lois. L'échec de la loi Hadopi
est significatif à cet égard. Le mal est en fait bien plus profond
et ne date pas d'hier. Nous vivons une époque de démolition
des codes établis. Si le droit est partout, en définitive il n'est
nulle part. « Code is Law » écrit Lawrence Lessig : la loi du
cyberespace dépend de la manière dont il est codé, mais nous
avons perdu tout rôle dans le choix de cette loi.
On connaît l'histoire d'Oedipe roi : plus les preuves s'accumulent
pour dénoncer Oedipe lui-même, et plus l'évidence saute aux
yeux de tous, moins Oedipe comprend qu'il est à la fois juge et
coupable, puisque meurtrier de son père, époux de sa mère et
frère de ses enfants. Plus il veut savoir, et moins il sait qui il est
lui-même, jusqu'à ce que l'aveuglante vérité lui saute aux yeux.