Le temps dans Le chant du monde de Jean Giono : le lichen et le scarabée : scholies

La lecture du Chant du monde que propose ici Jean-Paul
Savignac [...] explore, chapitre après chapitre, le soubassement
mythologique du roman. En d'autres termes, il y décèle
l'affleurement des mythes et nous convainc que le roman en
est abondamment pétri. Il révèle en Giono «un mytho-poète qui
réactualise les mythes de façon intuitive» [...] et découvre, se
profilant derrière ses personnages et ses forces naturelles, des
archétypes et des mythèmes. Ainsi, le fleuve est «l'archétype
du temps destructeur», Charlotte, la veuve du besson mort, une
femme-louve, Gina la jeune est une femme lunaire, Clara figure
la Terre, son union avec Antonio reproduit «le couple cosmique
Terre Ciel» et, par-dessus tout, «le décor imaginaire du Chant
du monde et nombre d'images, de noms, de situations et même
de personnages peuvent s'interpréter comme les éléments
redondants d'une vaste allégorie du Temps». C'est donc bien
le mythe du Temps que l'auteur identifie comme le noyau dur
du roman et le vecteur de son essentielle dimension initiatique.
[...] à Villevieille, [... Antonio] recevra de Toussaint, chamane
et hiérophante, un «maître du Temps», dans son sublime
discours sur le lichen et sur le scarabée , l'initiation décisive «aux
mystères du Temps», du Temps cosmique dansant et berceur».
Laurent Fourcaut