Mondialisation et littérature de jeunesse

Alors qu'images, musiques, films et jeux affluent de tous les horizons vers les
ordinateurs des «enfants de la vidéosphère», les livres destinés à la jeunesse ne
pouvaient pas échapper aux effets de la révolution technologique du millénaire, ni
résister à l'émergence des peuples venus des quatre coins du monde. Ils relèvent d'une
utopie placée sous l'égide de la Déclaration des droits de l'Enfant, pierre angulaire des
Nations-Unies. À l'uniformisation mondiale des esprits par les best-sellers de l'industrie
culturelle et par la société du spectacle, des voix originales opposent le contrepoint de
l'intériorité et de la différence. L'élargissement des solidarités, les échanges multipliés
ouvrent les yeux sur les beautés de la planète verte. Une véritable «écologie de
l'enfance» s'élabore au nom d'un humanisme désormais défini à partir d'un «sacré à
visage humain» : celui des identités culturelles.
Ce livre se veut l'observatoire et le réceptacle de paroles et de voyages divers dans un
univers où la mobilité est reine, où l'emprise du marché et l'écart vertigineux des
inégalités ravivent la réflexion sur les valeurs de la République. On cherche à y cerner,
dans le style des écrivains, dans les images des peintres et des graphistes, le fin travail
de création à l'oeuvre dans la représentation artistique. De Versailles aux banlieues, de
Paris à Nouméa, de Séoul à Oulan-Bator, de la Nouvelle-Orléans à la baie de Baffin,
l'enjeu est de taille. Une attention particulière est portée aux transformations de la
langue et des genres littéraires stimulées par l'attraction qu'exercent un exotisme et une
altérité échappant à l'ethnocentrisme occidental. Entre tragédie et comédie, l'esprit
d'enfance, d'humour et d'ironie irrigue les fictions destinées aussi aux adultes qui les
évaluent.