Le roi n'a pas sommeil

«Ce que personne n'a jamais su, ce mystère dont on
ne parlait pas le dimanche après le match, cette sensation
que les vieilles tentaient de décortiquer le soir, enfouies
sous les draps, cette horreur planquée derrière chaque
phrase, chaque geste, couverte par les capsules de soda,
tachée par la moutarde des hot-dogs vendus avant les
concerts ; cette peur insupportable, étouffée par les
familles, les chauffeurs de bus et les prostituées, ce que
personne n'a pu savoir, c'est ce que Thomas avait
ressenti quand le flic aux cheveux gras lui avait passé les
bracelets, en serrant si fort son poignet que le sang avait
giclé sur la manche de sa chemise.»
Tout est là : le mutisme, le poids des regards, l'irrémédiable
du destin d'un enfant sage, devenu trop
taciturne et ombrageux. Thomas Hogan aura pourtant
tout fait pour exorciser ses démons - les mêmes qui
torturaient déjà son père.
Quand a-t-il basculé ? Lorsque Paul l'a trahi pour
rejoindre la bande de Calvin ? Lorsqu'il a découvert le
Blue Budd, le poker et l'alcool de poire ? Lorsque Donna
l'a entraîné naïvement derrière la scierie maudite ?
La sobriété du style de Cécile Coulon - où explosent
soudain les métaphores - magnifie l'âpreté des jours,
communique une sensation de paix, de beauté indomptable
d'indicible mélancolie.