SLT : l'atelier de Sony Labou Tansi

Tu dis un mot sale José : Mourir. Au moment où j'écris un truc
qui s'appelle La Peur de Crever la Vie. Je tiens à te répéter
qu'on ne meurt pas. On arrête de respirer. Et encore ! Si je
n'étais sûr de ces choses, je ne t'en dirais rien. On ne les
trouve pas avec des calculs. Parce que c'est une fausse
mesure le calcul. On ne les trouve pas avec les papes ou les
sermons. On les trouve dans le bruit de sa respiration ; dans
l'odeur de son cul. La joie de savoir. Et de savoir violemment
- la permission de cicatriser le néant. Mon ami José... Je
me dis : on ne peut pas servir à tuer le temps. Tu t'arrêtes
aux idées. Moi, je descends plus bas, jusqu'au corrigé
de ma chair. Je tue les mots. Je tue l'idée. Je vis jusqu'à
moi. Là-dedans, j'ai des plages - des Pivin, des Françoise,
des tout-le-monde, 1 500 m de terre dans les os. Mais
je ne pourris pas. C'est idiot de pourrir.