Pialat, la rage au coeur

«Sachez que si vous ne m'aimez pas, je ne vous aime pas
non plus.» Ainsi le poing levé, Maurice Pialat reçoit-il en
même temps que la Palme d'or à Cannes les sifflets et les
bravos. Du réalisateur solitaire, et atypique, de Nous ne
vieillirons pas ensemble, La Gueule ouverte, Sous le soleil
de Satan , on croit savoir l'essentiel. Un tempérament
jupitérien, des tournages tourmentés, violents, des gifles qui
partent et des portes qui claquent. Mais en quoi cela fonde-t-il
ce cinéma porté d'abord vers l'autofiction, ces
personnages creusés jusqu'à l'os, ces tourments qui
alimentent jusqu'à un film comme Van Gogh ?
Pascal Mérigeau remonte à la source. Depuis l'Auvergne
natale, les années de dèche chez Olivetti et ailleurs, jusqu'à
la rencontre avec Jean-Louis Trintignant, puis Claude Berri,
il fouille le terreau autour de lui : ce peintre frustré, ce
cinéaste qui réalise son premier long métrage à 43 ans, ce
querelleur qui se dresse contre le cinéma. Autour de
l'impossible Maurice Pialat, les aventures se multiplient.
Capable de poursuivre un acteur une scie à la main sur le
plateau de À nos amours , d'épuiser sept monteurs
différents, les acteurs lui sont pourtant fidèles, Gérard
Depardieu, Sandrine Bonnaire, Isabelle Huppert.