L'ombre du monde : une anthropologie de la condition carcérale

Invention récente puisqu'elle n'a guère plus de deux siècles, la
prison est devenue, partout dans le monde, la peine de référence.
L'atteste, en France, le doublement de la population carcérale au
cours des trois dernières décennies. Comment comprendre la
place qu'elle occupe dans la société contemporaine ? Et comment
expliquer que le tournant punitif affecte avec une telle intensité
certaines catégories de personnes ? Pour tenter de répondre à ces
questions, Didier Fassin a conduit au long de quatre années une
enquête dans une maison d'arrêt.
Analysant l'ordinaire de la condition carcérale, il montre comment
la banalisation de l'enfermement a renforcé les inégalités socioraciales
et comment les avancées des droits se heurtent aux logiques
d'ordre et aux pratiques sécuritaires. Mais il analyse aussi les attentions
et les accommodements du personnel pénitentiaire, les souffrances
et les micro-résistances des détenus, la manière dont la vie
au dedans est traversée par la vie du dehors. La prison apparaît
ainsi comme à la fois le reflet de la société et le miroir dans lequel
elle se réfléchit. Plutôt que l'envers du monde social, elle en est
l'inquiétante ombre portée.