La nouvelle entreprise : géopolitique de l'entreprise : vers l'entreprise commerciale non capitaliste, source d'organisation sociale

Alors que le vaste mouvement actuel de prétendue « modernisation du
droit » ne cesse de rabaisser l'État pour le voir disparaître, la modernisation
que nous proposons ici a pour objet de remettre l'État à sa véritable place,
celle d'un garant du bien commun, d'un régulateur des appétits individuels et
catégoriels. Il s'agit, tout simplement, d'appliquer à l'entreprise les préceptes de
séparation des pouvoirs - que les Américains appellent Checks and Balances -
que Montesquieu a, à tort et délibérément, consacrés à l'organisation politique
des États. Si l'État et le pouvoir politique qui le sous-tend ne doivent pas être
dilués, sous peine de perdre leur raison d'être, le pouvoir économique qui se
cache derrière les multinationales a, tout au contraire, grand besoin de faire
l'objet d'une limitation. À cet effet, il importe d'opérer une distinction juridique
entre les différents participants de l'entreprise et de rééquilibrer les forces en
présence afin, dans un second temps, d'établir clairement les responsabilités de
chacun de ces participants.
La théorie juridique unitaire de l'entreprise présentée dans ce livre, sans nuire
aux petites et moyennes entreprises (PME), est de nature à faire disparaître la
puissance politique cachée derrière les « galaxies opaques » que sont les « groupes
économiques ». « L'entreprise nouvelle norme » rendra au « fait politique » la
place qui est, de droit, la sienne et qu'il a malencontreusement, et depuis trop
longtemps, abandonnée au profit du « fait économique » anonyme.
Ce renouveau juridique de l'entreprise actera un retour de « l'ordre naturel »,
c'est-à-dire d'une organisation politique et sociale viable, compatible avec le
concept de civilisation. Ce nouvel ordre politique rendra, à son tour, possible un
renouveau géopolitique.