Travailler en crèche, un métier ?

Alors même que la demande de modes de garde collectifs
constitue à l'heure actuelle une exigence sociale légitime, on sait
peu de chose sur les activités quotidiennes des professionnelles
dans les lieux d'accueil, sur la façon dont elles assument leurs
tâches et même sur ce qui est attendu d'elles. Ces professionnelles
peinent à mettre en mots la spécificité de leur activité
qui consiste à prendre soin et éduquer de jeunes enfants en
collectivité, renvoyant une partie de leurs compétences à des
qualités féminines «naturelles» ou à des pratiques instinctives
et spontanées.
Partant de ce constat, l'auteure a tenté de comprendre comment
elles construisent au jour le jour leur activité dans le cadre de la
mission qui leur est socialement confiée. Elle pose la question
de la non-reconnaissance du travail effectué et de son invisibilité
qui concourt à masquer la nécessaire professionnalisation d'une
fonction complexe pourtant banalisée, les privant des ressources
d'un métier collectivement construit.
Confrontées à une logique gestionnaire de plus en plus prégnante
(optimisation de l'offre de garde) qui ne vise qu'à répondre à la
demande de garde des parents, elles ne peuvent faire reconnaître
la richesse de l'expérience unique qu'elles partagent avec les
enfants et les parents qui nécessite la mobilisation d'une créativité
collective permanente.