Roger Vailland, 1907-1965 : un homme encombrant

Ex-surréaliste puis journaliste malheureux de l'être ; romancier communiste qui
roulera en Jaguar à la fin de sa vie ; drogué, mais grand résistant ; alcoolique et
libertin, mais amateur de cyclisme et bourreau de travail, l'écrivain Roger Vailland
(1907-1965), qui avait très tôt commencé à opérer le «dérèglement de tous les
sens» cher à son idole Arthur Rimbaud, aimait boire, adorait les femmes, le
grouillement des terrasses de cafés. Et plaçait très haut son exigence d'écriture.
À cet homme complexe, on doit une mise à nu du bonheur et de l'abjection.
Les seules choses qui ont toujours fait limite pour lui furent le racisme,
l'antisémitisme, la xénophobie. Vingt-cinq ans après sa mort, les pays du
«socialisme réel» se sont effondrés. Les temps ont changé et les moyens
d'oppression se sont successivement déplacés ; il est normal que les manières d'y
contrevenir et les modes de mobilisation se restructurent.
Il est temps, il est urgent, de relire cet écrivain encombrant.
Ne serait-ce pas le moment de le considérer enfin sans dogmatisme ? Face à la
tragédie de l'Histoire, lire l'auteur des Mauvais Coups , de 325.000 francs , de
La Loi (prix Goncourt 1957) ou de La Truite (roman porté à l'écran par Joseph
Losey) est absolument nécessaire.