La gendarmerie dans la Grande Guerre. Vol. 1. Gendarmerie et contre-espionnage (1914-1918)

De 1914 à 1918, au gré des circonstances de la guerre, la Gendarmerie
nationale est affectée à toutes sortes de missions, à l'intérieur comme aux
armées. Parmi elles, la prévention, la détection et l'arrestation des espions
occupent une position paradoxale, par l'importance de leurs enjeux et la
faiblesse de leurs moyens.
Formés dès la fin du XIX<sup>e</sup> siècle au rôle qu'on entend leur faire jouer
en la matière dans une guerre de plus en plus probable, les gendarmes n'en
sont pas moins pris au dépourvu quand éclate le conflit et qu'apparaît
l'importance de leur sous-effectif. Dépassée la nécessaire réorganisation
de l'entrée en guerre, la gendarmerie assure le déploiement d'un réseau
d'observation des personnes, de l'opinion et des écrits et la prévention des
menées préjudiciables au secret militaire. Dans la chaîne qui doit mener
les espions de leur arrestation jusqu'au poteau d'exécution, les militaires
de l'Arme sont présents sans discontinuité, constituant un observatoire
des modes d'action et de la procédure en matière de contre-espionnage.
Cette guerre menée contre un ennemi invisible conduit par ailleurs le
gendarme au contact d'interlocuteurs auparavant lointains ou méconnus,
officiers supérieurs membres des états-majors ou policiers parisiens devenus
commissaires spéciaux aux armées. Elle le place surtout au contact d'une
troupe rapidement hostile, qui fait de lui son bouc émissaire. Outre une
inimitié durable entre les deux catégories d'hommes, c'est un sentiment
d'injustice et d'ingratitude, éprouvé collectivement par l'Arme, qui découle
de cette situation. La gendarmerie entreprend alors de se justifier dans
le courant de l'après-guerre, et entend, à travers ses membres, rétablir sa
vérité. Dans cette entreprise de réhabilitation, l'évocation de la mission de
contre-espionnage, propre à frapper les imaginations, est largement mise à
contribution, occupant une place singulière dans la mémoire du corps.