Habiter la lumière : regards sur la peinture de Jean Bazaine

Happée par son perpétuel devenir, l'œuvre échappe au poète, au peintre, et ils baignent tous deux dans un même fond amniotique traversé d'insavoir et d'inaboutissements : lutte de Jacob avec l'ange, dont l'issue demeure improbable.
Ainsi démuni, autant que l'est le peintre, je converse depuis longtemps avec la peinture de Jean Bazaine. Elle n'en finit pas de me questionner, de me répondre, comme les lieux qu'elle s'est choisis pour germer : lumière bouleversée de fin des terres, mêlée d'eau et de pierre sous les péripéties du vent, besoin de renouer avec l'apparaître des choses au premier matin du monde.
La matière écrite a pris forme avec les années, cheminement miné par mes propres incertitudes, où des îlots d'ombre me résistent encore, dans un archipel d'éblouissements. Seules des équivalences et une poésie aux pouvoirs menacés risquent d'approcher l'évidence de la peinture.
Jean-Claude Schneider