La négritude vue par un théologien africain : tradition bimwenyienne : hommage à Aimé Césaire

Voici un livre d'hommage à Aimé Césaire qui donne
l'occasion de revisiter la négritude. Dans la perspective de
la tradition bimwenyienne, il apparaît que le `grand cri
nègre' implique un retour qui débouchera sur un «renversement de
modèles, une restructuration du cadre de référence, une
renonciation à l'univers de `nos ancêtres les Gaulois' et de leurs
dieux et génies tutélaires». Bien sûr, les ténors de la négritude ne
sont pas allés «jusqu'au bout de ce processus de renversement de
modèles et de la restructuration du cadre de référence propre». Mais
la volonté de rédemption de leur entreprise - mise à part sa
dimension aussitale et la malheureuse formulation senghorienne sur
une raison hellène - garde sa valeur. L'hommage déférent rendu à
Aimé Césaire nous autorise à attirer l'attention de tout le monde sur
ce point. Il nous invite à revenir sur le concept du retour au pays
natal de l'Afrique dans la perspective diopienne. Cheikh Anta
Diop montre la nécessité pour l'Afrique d'un retour à l'Égypte
ancienne dans tous les domaines : celui des sciences, de l'art, de la
littérature, du droit, ... Loin d'être conçue comme un repli sur soi ou
une simple délectation du passé, cette démarche lui permet de
définir le cadre de réflexion approprié pour poser, en termes exacts,
l'ensemble des problèmes culturels, éducatifs, politiques,
économiques, scientifiques, techniques, industriels, etc., auxquels
sont confrontés les Africains, aujourd'hui, et pour y apporter des
solutions que l'histoire impose.
La véritable renaissance de l'Afrique est à ce prix. Là se situe
l'enjeu global et organique de la négritude longtemps réduite à sa
dimension poétique et littéraire dans les écoles africaines et dans la
diaspora.