Contre le travail

La remise en cause du travail est une
remise en cause du «sens de la vie». Et je
postule que si l'homme ne peut se passer de
travailler, il ne peut se passer non plus de
critiquer le travail car loin d'être supérieur
aux autres activités humaines, le travail en est au contraire
la lie puisqu'il empêche, par la place qu'il occupe dans la
vie et dans les rapports sociaux, la création et l'invention
d'autres rapports.
Si priver l'homme de son travail revient à le priver de son
cerveau et de ses mains, à en faire un zombie puisqu'il ne
sait guère faire autre chose que travailler ou recomposer ses
forces pour attaquer un nouveau cycle de travail, il nous
faudrait alors constater que notre évolution a réduit l'homme
à un être dont le cerveau et les mains ne servent plus
qu'une seule fin : le travail. Et abandonner toute critique,
«nous imaginer heureux», comme le disait Camus...