Au lieu-dit des mots

«Avant d'écrire, se débarrasser de tous les mots». A partir de cette épigraphe, Luc Wenger nous offre une poésie subtile et dense qui n'est pas sans rappeler le haïku japonais : «L'oiseau dort/la tulipe sèche/le jour s'est fané». Poésie insolite aussi, confinant parfois à l'aphorisme : «L'insignifiant brave toutes les tempêtes». Mais avant tout poésie de l'intimité ouverte, réceptive, dans «le désordre du jour», au cours d'un cycle précis, désigné. S'y mêlent paysages, sensualité, amour, mort, humour, drame : «Au théâtre des mots se jouent des combats de rôles, de masques et de non-dits». C'est dans ce Jura féroce d'oublis et de sapins blancs que le poète puise de l'éternel. Il est «à la recherche des mots sûrs». Il en mesure la difficulté, l'impossibilité même, avec parfois ces mots qu'il «n'arrive pas à faire bouger». Poésie dont on se plaît à souligner la qualité de la vision et du ton, la richesse d'observation, où le «je» veille devant tant de mots qui «aspirent à la rédemption».