Artistes et intellectuels du Sétifois

À l'origine de ce travail, un fait divers : le refus de baptiser du nom de Kateb
Yacine un lycée dans la ville de Sétif. Veto dont personne n'a osé revendiquer
ouvertement la paternité. Mais personne n'est dupe quant à l'origine et à la
finalité d'un tel acte : les fameuses officines conservatrices, détentrices des
valeurs de nationalisme, sorte d'autorité morale paternaliste occulte qui ne
se manifeste que par les dégâts qu'elle occasionne, qui distribue les bons et
les mauvais points, que ces «brebis galeuses», que ce soit par leur itinéraire
et leur combat (Kateb, Benzine, Belamri, etc.) ou bien juste par leur existence
qui remet en cause la vision unitariste de notre culture (Aubry, Lentin,
Debèche, etc.), dérangent dans ses desseins. Desseins entamés déjà pendant
le mouvement national par des embusqués de toutes sortes, continués par
leur descendance idéologique. Cet anathème a donné ses fruits, et des plus
amers, dont ont eu à goûter Abane Ramdane, Amzal Kamel, Tahar Djaout...
et des centaines de milliers d'anonymes algériens.
Malgré nos appels rien n'a bougé. Le lycée porte toujours comme nom
celui d'une cité HLM qui le jouxte et lui fournit l'essentiel de ses élèves...
Encore un combat symbolique de perdu et une frustration de plus à caser
parmi tant d'autres dans nos coeurs. Une grande consolation, pourtant, les
élèves de cet établissement, sans se soucier des formalités administratives,
n'appellent plus leur lycée que «Lycée Kateb Yacine».
D'où ce recueil : hommage (de ma part et de celle des chercheurs qui ont
bien voulu y contribuer) à ces figures intellectuelles et artistiques du Sétifois
(Sétif et sa région).
Certes, la plupart ont acquis une notoriété internationale, mais je crois
que cela ne signifierait rien à leurs yeux si chez eux, sur cette terre qu'ils
ont portée partout avec eux, dans leurs écrits et leur discours, on permettait
qu'on bannisse jusqu'à leur souvenir. Et en ce sens, je ne pouvais, tant que
j'en avais la possibilité, me dérober à mon devoir de contribuer à leur «rendre»
ce qui leur appartient.
Larbi Rabdi