Africultures, n° 86. Le théâtre de Kossi Efoui : une poétique du marronnage

Après une quinzaine de pièces éditées pour la plupart chez Lansman, Acoria
ou Au bruit des autres, et quatre romans publiés au Seuil, le théâtre de Kossi Efoui
reste un O.V.N.I. pour beaucoup de critiques. C'est que le théâtre de Kossi Efoui
travaille justement sur l'insaisissable, le volatile, sur l'évaporation, l'échappée...
en un mot : le marronnage. Kossi Efoui revendique en effet cette posture, issue
de l'histoire de l'esclavage dans la Caraïbe et les îles du Pacifique, comme un
engagement esthétique et philosophique essentiel à sa démarche d'écrivain.
Objet Volatile Non Identifié , son théâtre «marronne», donne sans cesse rendez-vous
ailleurs pour mieux mettre en crise le spectateur. Ses personnages ne sont pas
identifiables, ils muent, changent de peaux, perdent une à une leurs pelures comme
les oignons, et laissent finalement au lecteur une coque vide : superposition de
masques ou réincarnation à l'infini comme Anna, héroïne de Io (tragédie) (2005),
énième réincarnation du personnage de la mythologie. Cette instabilité des corps
traduit l'impossibilité de retenir la vie qui s'enfuit et se consume quelques soient
les traces... Cette instabilité est l'identité même de l'humain toujours changeant
et évoluant. Et il est de la responsabilité humaine de se faire volatile. Le devenir
de l'homme qu'il soit d'Afrique ou d'ailleurs n'est pas arrêté à une identité close,
il a droit à tous les envols. Les O.V.N.I. habitent aussi le ciel d'Afrique... Car,
comme le rêve justement Kossi Efoui dans Volatiles (2006) «les oiseaux rappellent
encore... avec le tracé migratoire de leur écriture labile [...] que les racines de l'homme
sont aériennes».