Oeuvres

Les vers du Bourbonnais Antoine de Bertin
(1752-1790) seraient directement issus de l'âme
et iraient droit au coeur : ainsi sont célébrés ses
Amours , trois livres d'élégies dont la critique et
le public saluent alors le "naturel", la "sincérité"
et la "vérité". Si Parny est considéré comme le
Tibulle français, Bertin est le nouveau Properce
de la fin du dix-huitième siècle. En faisant
de ses vers des doubles de lui-même, en
renouvelant l'élégie antique, Bertin a influencé
Lamartine et inspiré Vigny. À l'instar des autres
poètes créoles contemporains, Parny et
Léonard, il a illustré une poésie lyrique et
descriptive que le siècle suivant prolongera et
amplifiera. Cependant, avant que d'être un
auteur "préromantique", certes sensible à la
beauté menaçante des Pyrénées mais incapable
de s'affranchir du masque rhétorique ancien
pour décrire les trésors inconnus de son île
natale ou pour traduire son sentiment d'étrangeté
dans le monde, Bertin est déjà
un vrai héros romantique, un amoureux trahi,
abandonné, désargenté, languissant, vite défunt,
mort d'amour en fait.