Contes surhumains : proses poétiques

«Quand je relevai la tête, la stupeur me tint immobile sur
mon fauteuil. Devant moi, dans la lumière de la lampe, une
extraordinaire vision avait envahi ma chambre. Une femme nue,
debout sur un sphinx. De ce phantasme soudain je perçus tous
les détails avec une extraordinaire précision. Le sphinx paraissait
un animal vivant, d'un volume à peu près égal à celui d'un
cheval. Ah ! c'était bien la sibylline bête dont la griffe opprima
la courageuse poitrine d'OEdipe. Il évoluait dans l'air, ses deux
vastes ailes d'aigle éployées avec la grâce de la force. Son corps,
blanc comme les marbres, frémissait d'énergie domptée. Mon
imagination, accoutumée à se représenter ce monstre allégorique
dans la sereine immobilité que lui attribuèrent les statuaires de
l'ancienne Égypte, s'étonna tout d'abord de voir la vibration d'une
vie surnaturellement intense dans cet être, dans cette tête humaine,
d'une douloureuse et tranquille beauté, dans ses flancs de taureau,
dans ses pattes de lion, dans ses ailes d'aigle qui se heurtaient aux
murailles de ma chambre, comme impatientes d'espaces illimités.»