Atelier du roman (L'), n° 58. Montherlant : derrière les masques, l'écrivain

Certains font grief à Montherlant de sa prudence, de sa pusillanimité. Bizarre, bizarre,
car en ce qui me regarde, parmi les aînés que j'admire, Montherlant est au contraire,
avec Byron et Nietzsche, un de ceux qui m'ont insufflé le courage et la force de vivre mes
passions à fond la caisse.
Gabriel Matzneff.
Montherlant a aimé le sport, et n'a jamais
regretté de l'avoir aimé. Mais, dès
l'époque des Olympiques il porte sur lui et sur
l'usage qu'on en fait des jugements qui sont
d'une consternante actualité.
Philippe de Saint Robert.
Comme le savent parfaitement tous ceux qui
l'ont donc peu ou prou fréquenté : avec
Montherlant, les ombres et les lumières ne cessent
d'alterner. Il semblerait bien, d'ailleurs,
qu'il s'en soit fait une méthode : dire tout et son
contraire par souci de spontanéité intime et
d'exacerbation de «l'être vrai».
Denis Grozdanovitch.
Une chose est certaine, Muray ne se serait
jamais départi de son rire, ce qui lui vaut,
selon le classement de Nietzsche, un rang élevé
parmi les philosophes.
Alain Cresciucci.
Chez Montherlant, c'est ce côté Pan qui
m'aimante plus que le côté Parthénon.
Quitte à lui trouver une ascendance grecque, je
le tire volontiers vers la Crète du Minotaure
plutôt que vers la Cité classique.
Patrick Grainville.
La tauromachie est pour Montherlant le
théâtre, l'«auto-sacramental» où, portées
au paroxysme d'intensité, se trahissent les passions
élémentaires d'un homme face au danger,
ce que Stendhal admire par-dessus tout chez
les caractères de la Renaissance.
Alain Clerval.
Il existe très, très, très peu d'écrivains osant
s'attaquer aux fables. Chateaubriand ne le
fait pas, par exemple. C'est une des raisons
pourquoi la supposée filiation Chateaubriand-Barrès-Montherlant
me paraît un des
n'importe-quoi répété sur Montherlant.
Charles Dantzig.
Les enjeux de la réflexion d'Isabelle Daunais deviennent de plus en plus évidents lorsqu'elle
s'en prend avec férocité à l'amnésie programmée de la culture dans le monde
actuel, notre très cher monde occidental.
Gilles Marcotte.
Comme d'habitude aussi, on a enregistré les protestations
de quelques tenants des anciens usages, au
nom de la civilisation, du passé, du symbole ; ce sont ceux-là
mêmes qui s'étaient montrés nostalgiques du tabac,
de l'alcool, de la tauromachie et de bien d'autres choses,
sans doute, encore moins avouables.
François Taillandier.
Je propose de mesurer le degré de
déréalisation d'un lieu au nombre
de joggeurs et de mamans-bonheur qui
le colonisent. De ce point de vue,
Londres est au-delà de toute déréalisation.
Mehdi Clément.