Une île bien plus loin que le vent

En tombant, c'était comme si j'avais déchiré le silence. Je
m'enfonçais sous les vagues, le regard immobile, fixant la
main tendue qui me cherchait. J'aurais dû bouger, faire un
geste. J'aurais dû. A bien y réfléchir, finalement, cela m'était
égal, je me sentais bien comme ça.
Quand les marins m'ont hissé sur le pont, j'ai tout de
suite vu qu'ils étaient en colère. C'est stupide, je sais - Il ne
faut jamais jouer avec le feu, encore moins avec l'eau - Tous
les psychiatres vous le diront.
Je suis né dans l'Ile de Ré, par hasard du côté paternel et
c'était un vrai bazar du côté maternel. Si on m'avait laissé
faire la planche entre deux eaux, peut-être aurais-je pu enfin
savoir ce qui me torturait. Mes bras, je les balançais distraitement
devant moi, tout en parlant. Ils atterrissaient souvent
comme ils le pouvaient, semblables aux ailes de ces grands
albatros que l'on voit partout dans les livres. Moi aussi mes
bras de géant m'empêchent de marcher.
Ce roman est l'histoire d'un idiot de village, d'un de
ces êtres exquis que l'on rencontre parfois au détour
d'une église de campagne : mi-ange, mi-démon, véritable
portrait de gargouille, capable de nous faire rire aux
larmes ou de nous émouvoir par sa sensibilité.
Il est devenu mon ami. J'ai partagé ses secrets.