Lumières, n° 11. La gourmandise entre péché et plaisir

Considérée pendant longtemps par la morale et l'Eglise
comme un excès de nourriture condamnable, la gourmandise
se libère peu à peu en France au cours du XVIII<sup>e</sup> siècle
pour se rapprocher du plaisir des sens. Cette valorisation
nouvelle invite à s'interroger au rapport des hommes à leur
nourriture, aux réflexions des philosophes sur le goût ou aux
formes d'expression de cette gourmandise. Le XVIII<sup>e</sup> siècle
propose-t-il un nouveau regard et un nouveau jugement sur
les plaisirs culinaires ? Ouvre-t-il la voie à la naissance de la
gastronomie ?
Les contributions réunies dans ce numéro montrent que la
gourmandise s'inscrit dans la célébration du sensualisme et
la place nouvelle donnée au sens du goût par les Lumières
tout en conservant une part d'ambiguïté. L'Eglise continue
à dénoncer les excès alimentaires dans ses sermons, mais
fait aussi preuve de tolérance face aux plaisirs gustatifs.
Représentations et pratiques de la gourmandise sont
abordées à travers des études sur les sources littéraires,
la table de Voltaire, les repas de Louis XV à Choisy ou
l'imaginaire gourmand des provinces françaises en train de
se construire. Le sens et le contenu donnés à la gourmandise
dans l'Europe des Lumières ne sont pas partout identiques
comme en Angleterre où les plaisirs de la table restent
partagés entre le souci d'économie et celui de l'élégance.
Ce dossier de la revue Lumières sur la gourmandise
entre péché et plaisir révèle que l'hédonisme et la morale
chrétienne cohabitent autour de la table des Lumières. En
France, la valorisation du goût entraîne une tolérance plus
grande vis-à-vis des plaisirs de la chère et le développement
d'une cuisine raffinée, modèle ou contre-modèle des élites
européennes.