L'art poétique de Sikong Tu

Véronique Alexandre Journeau, chercheur associé,
Réseau Asie - IMASIE (Institut des mondes asiatiques -
CNRS/FMSH), a fait une thèse en Histoire de la Musique et
musicologie (Sorbonne - Paris IV) sur la théorie, la pratique,
et la transcription musicale du jeu de l'antique cithare qin,
et une thèse en Asie orientale et Sciences humaines (Paris
VII) sur la pensée du geste dans les arts du lettré sous
l'angle esthétique et philosophie de l'art. Ses travaux de
traduction poétique ont débuté par un mémoire sur «Le
Jeu musical (instrumental) vu et entendu par les poètes de
la dynastie Tang» sous la direction de François Cheng
(Inalco, 1999), et se sont poursuivis avec une traduction des
métaphores poétiques à l'appui du geste dans les arts musical
et pictural. Son approche est celle de la correspondance
entre les arts et avec les lettres.
Par cette traduction, inédite en français, du recueil d'un
grand poéticien de la dynastie Tang (Sikong Tu, 837-908),
elle a voulu montrer la dualité d'une démarche où
l'appréciation esthétique est empreinte d'une conception
philosophique taoïste, toutes deux fondées sur
l'observation des phénomènes de la nature : voir l'invisible
derrière le visible, ressentir la profondeur spirituelle,
l'aspect intérieur de choses et des êtres, contenue dans
d'anodines descriptions picturales et sonores qui s'avèrent
toujours intemporelles et toujours différentes. Sikong Tu a
élaboré, pour son cycle de vingt-quatre poèmes, une architecture
complexe où plusieurs dimensions se croisent et
s'harmonisent entre les plans pictural, musical, cosmologique
et philosophique. Son art poétique réside dans
la maîtrise des correspondances et dans l'art de dire le plus
et le moins à la fois.