Revue internationale d'anthropologie cognitive, n° 2. La pression foncière péri-urbaine en Méditerranée méridionale : l'exemple algérien

La pression foncière péri-urbaine et ses formes de gouvernance s'exercent de
différentes manières selon le pays, voire la région considérée. En Algérie,
l'urbanisation à marche forcée (même si le taux d'occupation en milieu rural semble
se stabiliser) bouscule la gouvernance foncière, notamment sur le plan juridique.
Les plus-values potentielles sur les zones péri-urbaines, jadis terres agricoles,
suscitent des convoitises et, mutatis mutandis , des procédures de contournement
de la loi, pour des raisons qui tiennent plus de l'imbroglio juridique ambiant
résultant du précédent législatif colonial et/ou de la méconnaissance du terrain qu'à
des intentions coupables : état du cadastre et du service des domaines, état de
la conservation des hypothèques, compétence des experts fonciers en matière
de litiges judiciaires, maîtrise de la situation de la part de l'acteur judiciaire lui-même,
sans oublier les contournements volontairement frauduleux en matière
de transaction immobilière (pratiques notariales, pratiques des promoteurs
immobiliers, pratiques des spéculateurs rachetant illégalement des droits à des
tiers en situation litigeuse se faisant fort de les régler à leur manière, etc.), enfin,
les ruptures de mentalité de ce qu'il convient d'appeler la «culture du foncier».
En effet, les actes notariés indiquaient jadis que l'acquéreur connaissait la chose
vendue, ce qui dispensait le notaire d'investiguer sur l'origine de la propriété.
Aujourd'hui, en revanche, les ayants droit n'ont plus la mémoire du toponyme,
et restent tributaires de la «raison graphique», qui n'est cependant pas toujours
disponible au niveau de l'administration domaniale...