Jacques Copeau : hier et aujourd'hui. Les jeunes gens et l'araignée

BYD. - Alors ! C'est formidable ! Comment,
depuis plus d'un mois, en vue
de travaux scientifiques importants, je
m'acharne à la découverte d'une espèce
d'araignée littéralement introuvable, je
me retire dans les bois, qui sont à tout le
monde. À force de patience, je dirai même
de souffrance, je finis par mettre la main
dessus, une femelle, et qui plus est, une
femelle aux prises avec un mâle amoureux
! je vais assister au rite de l'amour
chez les araignées, noter une foule d'observations
capitales, et pan ! Il faut que
je tombe sur un couple mal assorti, qui
encombre mon terrain, effraye mes sujets,
me casse les oreilles. Un mâle qui ne se
connaît plus, une femelle exaspérée qui
passe ses nerfs sur ma précieuse découverte,
détruisant, d'un coup de talon,
un mois de labeur et tous mes espoirs,
avouez que c'est la déveine ! Et pardessus
le marché, vous m'engueulez ! Ah !
non, mon vieux, non ! Si les femmes vous
amusent, allez les observer dans votre
chambre. N'empoisonnez pas le monde
entier avec vos complications. Bon sang !
C'est tout ce que j'ai à vous dire. Je n'ai
jamais autant parlé de ma vie. (Francis
rit, un temps) Vous trouvez ça drôle ?
Les Jeunes Gens et l'Araignée
L'intitulé du livre Jacques Copeau hier et aujourd'hui est une métaphore. Une
équipe internationale d'auteurs provenant de France, d'Italie, de Pologne,
de Slovaquie, du Japon et des États-Unis se concentre principalement sur
l'histoire et sur des aspects encore inexplorés de l'oeuvre de Copeau, aborde
les débuts de Jacques Copeau, ses sources d'inspiration, évoque ses amis de
jeunesse et les hommes qui l'ont aidé à forger sa propre vision du théâtre,
étudie sa propre activité théâtrale et son École qui est toujours restée une
priorité pour lui, sans oublier les créations de ses élèves et disciples. Le Jacques
Copeau d'hier peut être perçu comme vivant et comme source de nos jours.
Nous publions en annexe une pièce, jusqu'à présent inédite, Les Jeunes Gens
et l'Araignée ou La Tragédie imaginaire , composée par Jean Villard-Gilles
et Michel Saint-Denis.
Un théâtre ouvre ses portes enfin. Mieux,
les ouvre de nouveau. Car ce n'est pas une
naissance qu'il nous est donné de saluer
aujourd'hui mais un retour à la vie, une
naissance seconde, la sortie d'un songe.
Ce théâtre n'est donc pas que légende.
Il avait aussi une histoire, surprenante,
mouvementée, drôle et chagrine, folle et
réfléchie, comme le sont souvent les histoires
de théâtre. Différents livres, revues
et expositions témoigneront, témoignent
déja, à l'occasion de sa réouverture, de
ce passé singulier. Le Vieux-Colombier
d'aujourd'hui en garde la mémoire. Elle
ne l'intimide pas. Elle l'oblige. Elle lui est
condition autant que promesse d'avenir.
Une histoire et une légende donc. Toutes
deux s'articulent, la NRF aidant, autour
de la pensée, de l'action de Jacques Copeau
et de ses compagnons. Sans Copeau, non
seulement le Vieux-Colombier n'aurait
pas survécu très longtemps sans doute
à ses origines modestes de music-hall de
quartier, quand il s'appelait «l'Athénée
Saint-Germain», mais il ne serait pas devenu
ce haut lieu où l'existence en France
d'un théâtre d'art devenait enfin possible
et, dans le sillage amical des poètes, sous
l'autorité unificatrice du metteur en scène,
s'arrachait durablement aux sirènes du
mercantile, du frivole, de la routine ou
des engouements saisonniers.
Jacques Lassalle