Jean Anouilh, les jeux d'un pessimiste

Cette étude du théâtre d'Anouilh s'attarde d'abord sur le drame du
protagoniste, qui est unique bien que multiple, cet idéaliste déçu
par la réalité étant toujours une incarnation de l'auteur ; le regard
du dramaturge sur lui, et sur le monde où il se débat, se fait de plus
en plus désenchanté. Mais on verra dans la suite de l'essai comment
Anouilh échafaude, malgré son pessimisme, un univers théâtral
résolument ludique. Il s'est d'abord contenté de créer le climat de
bonheur des «pièces roses», puis il en vient à des jeux plus
difficiles. Il s'empare, pour les rajeunir à sa manière irrévérencieuse,
de thèmes tragiques puisés dans la mythologie ou dans l'Histoire. Il
se joue aussi de l'art théâtral, tantôt caricaturant des comédiens,
tantôt multipliant, à l'instar des Baroques, les effets d'illusion et de
«théâtre dans le théâtre». C'est à lui-même enfin que s'en prend
ce joueur, quand il reconstruit l'image de son héros à la façon d'un
puzzle, quand il le confronte à un monde de marionnettes, et quand
il dessine un cruel portrait-charge de cet être en qui pourtant il n'a
pas cessé de se reconnaître.