Rêves de cochons

Ces cochons sont d'abord serrés dans des élevages
intensifs où leurs éleveurs les toisent, les testent, les
jugent. Ils vont vers l'abattoir avec la trouille au
ventre... et le sentiment du devoir accompli. Mais bientôt
certains se baladent, tombent groin à groin avec des
trucs que les hommes ont laissé traîner, se dressent sur
leurs pattes de derrière, jouent à leurs jeux, devisent
gravement, rêvent d'impossibles utopies, se font des civilités
et alimentent d'un verbe cru la philosophie de bistro.
Bref, le cochon peut être aussi con que ses maîtres
dont, mammifère social omnivore, il est si proche. Dans
la campagne d'antan, on ne le nommait pas, comme on
nomme le chien, le cheval ou la vache : on disait
«l'Autre» :
- Tiens, va-t'en donner ça à l'Autre.
Comme un autre soi-même qu'on finit par découper
en morceaux tant il est vrai que «dans le cochon, tout
est bon», de la tirelire au boudin...