Robert Challe, sources et héritages : colloque international, Louvain-Anvers, 21-22-23 mars 2002

Ce volume rassemble une série d'études qui toutes traitent du plus grand écrivain
français de la période 1680-1721 : Robert Challe.
La Continuation du Don Quichotte où Challe ose se mesurer à Cervantès,
Les Illustres Françaises , le plus beau roman concertant de la fin du règne de
Louis XIV, le Journal d'un voyage aux Indes orientales , les Mémoires interrompus
en 1716, ou ces Difficultés sur la religion que les contemporains attribuaient
au jeune Voltaire constituent un ensemble impressionnant tant par son
ampleur que par la variété des registres exploités.
Que l'oeuvre de Robert Challe soit un creuset dans lequel se sont fondus les
aspects les plus originaux d'une époque incertaine qui voit la fin du règne de
Louis le Grand et l'aube des Lumières, personne n'en doute parmi ceux qui ont
pu apprécier ses textes décapants. Ce recueil devrait permettre à d'autres lecteurs
de découvrir cet univers fascinant.
Les premières analyses, examinant Les Illustres Françaises , permettent d'entrer
dans le jeu de la création littéraire et de voir comment, rivalisant avec Marivaux,
Challe s'approprie les procédés de Cervantès et de Molière pour se créer
un style savoureux, tantôt allègre, tantôt émouvant.
Dans le foisonnement d'expérimentations romanesques qui lui servent de terreau,
le lecteur rencontrera Honoré d'Urfé, Subligny, Courtilz de Sandras,
Madame de Murat...
L'abbé Prévost, Duclos ont apprécié le mélange de cruauté, de sadisme, de
libertinage dont Challe fait usage, et s'en sont servis à leur manière.
Les analyses portant sur le Journal de voyage sont prétextes à de fructueuses
confrontations avec les historiens du temps qui toutes font ressortir la forte
implication personnelle de Challe dans les événements dont il rend compte,
que ce soient les péripéties de la politique française au Siam ou les opérations
mises en place par les jésuites...
Enfin les études consacrées aux Difficultés sur la religion proposées au père Malebranche
montrent que cet essai constitue quasiment un journal intime témoin
de la lente conquête d'une liberté de pensée. L'exploitation de ce texte clandestin
par les philosophes des Lumières insère une expérience personnelle
dans une stratégie destinée à lutter contre «l'infâme».
Le mélange détonant de rire, de goguenardise et d'émotion profonde devrait
toucher nos contemporains indifférents aux codes d'écriture surannés mais
sensibles à la spontanéité et à la sincérité d'un écrivain qui n'appréciait rien
tant que la «bonne foi».