Quand la famille s'emmêle

Cessons d'accuser. Ne tombons pas dans la facilité qui consiste à reprocher
aux femmes de n'être plus des mères, et aux hommes de n'être plus
des hommes. Arrêtons de plaindre leurs enfants qui errent, sans repères
ni attaches.
Ma pratique de thérapeute familial me montre tous les jours que la
famille a changé, qu'elle est sans doute en crise mais que ses tourments
ne s'expliquent ni par ses métamorphoses, ni par le relâchement des
liens. J'observe au contraire une évolution aussi inattendue que paradoxale
: en se soumettant aux nouveaux idéaux d'amour et de bonheur,
en se dégageant des contraintes ancestrales, la famille contemporaine
prend le risque de tisser des liens enchevêtrés et étouffants. Les processus
de séparation, loin de se trouver facilités, prennent alors une dimension
tragique, dont témoignent les pathologies adolescentes : phobies scolaires,
troubles des conduites alimentaires, dépendances aux drogues
ou à l'alcool et banalisation de la violence.
Vous ne trouverez ici aucune recette sur l'art d'accommoder les bébés ou
d'élever les enfants. Mais vous comprendrez pourquoi les nouveaux
devoirs de la famille - être heureux à tout prix, tout se dire, éviter les
conflits - sont devenus (presque) aussi pesants que les anciennes
contraintes. Dans cette mutation passionnante de la nouvelle scène
familiale, il ne s'agit pas de rejeter le passé ou de se confiner dans un
repli frileux, mais de concilier les acquis d'autrefois avec la conquête de
la liberté. La famille continue à détenir les ressources de sa guérison.