Jacques Lacan, docteur d'Église au service de la psychanalyse

La Trinité chrétienne. Père-Fils-Saint Esprit, est au fondement des catégories du Réel, du Symbolique et de l'Imaginaire chez Lacan. Elle est la structure même lui permettant d'énoncer que «la psychanalyse est la forme moderne de la foi religieuse».
Telle est la thèse de cet ouvrage construite à partir du recueil des propos de J. Lacan sur la religion dans les «Séminaires» et «Ecrits». Il ne s'agit pas, pour Lacan, de trouver dans la religion une simple illustration de sa théorie mais, au contraire, il va y chercher appui, repère, source d'inspiration pour l'élaboration de ses concepts et la formalisation du nœud borroméen.
Cette référence à la Trinité est constante, ne se relâchant jamais du début à la fin de son enseignement. Elle est ce par quoi Lacan désignera le christianisme comme la vraie religion «puisqu'elle a inventé cette chose, cette chose sublime de la Trinité», invitant à sa suite à s'y intéresser pour arriver à en tirer quelque chose, «c'est-à-dire à inventer». Elle est ce qui va permettre à Lacan de faire une lecture surprenante de Freud, trouvant chez lui un «très singulier christocentrisme par la perpétuation du message monothéiste [...] en quoi, dira-t-il, il imite Jésus-Christ», replaçant par là même, dès son origine, la question de la psychanalyse dans l'orthodoxie religieuse, c'est-à-dire la pierre d'angle christologique.
Mais au repos sur les formules tirées de Freud où la science -raison est opposée à la religion-illusion, Lacan préfére le caractère dérangeant de la Trinité qui le fait «grincer» lui-même, mais qu'il ne lâche pas pour autant, et qui est à la base de ses nombreuses apostrophes : le christianisme «est la vraie religion [...] Mais rien de ce que je dis n'y fera», «La vérité, mes bons amis, mène à la religion. Vous entendez jamais rien de ce que je vous dis de ce truc-là.» «C'est là que le christianisme, il vous baise.»
Avec lui, l'auteur peut dire : «Si vous n'interrogez pas comme il convient le vrai de la Trinité, ben vous êtes faits, vous êtes faits comme des rats, comme l'Homme-aux-rats.»