Jean Jaurès

Assez de l'humaniste barbu, du martyr pour Panthéon et fin de
banquets, de l'apôtre unitaire pour grand-messe de gauche !
Si on réduit Jean Jaurès à ses commémorations émues, on peut
l'abandonner sans vergogne aux curieux et aux dévots, aux avenues
de la Gare et aux frontons de groupes scolaires.
Jaurès ne peut être confondu avec le jaurésisme et les jaurésiens.
Il a parlé, il a écrit, il s'est battu et il en est mort. La République
l'appelait ; pour elle, il a su vaincre et se sacrifier. Raconter Jaurès,
c'est retrouver les hymnes et les envolées oratoires qui se sont affadis
dans les banquets de notables ; c'est entendre les grands mots du
philosophe, de l'intellectuel et de l'historien, du défenseur des droits
de l'homme, de l'homme de la paix et de l'adversaire du colonialisme.
Jaurès sait leur donner des ailes.
Jaurès fut le ténor de l'opéra grandiose et parfois naïf que fut la
République en ses débuts. Mais les questions auxquelles le premier
mort de l'été 1914 avait donné sa réponse continuent de nous
hanter : comment ne pas trahir quand on est au pouvoir ?
Comment lire une société d'inégalités ? Comment récuser le désordre
établi si l'on n'assume pas l'histoire et l'héritage ? Que serait un
avenir sans morale et sans religion ?