Lucien Febvre : militant socialiste à Besançon, 1907-1912

Profondément attaché à la terre de ses ancêtres à laquelle il consacra sa fameuse thèse « Philippe II et la Franche-Comté », Lucien Febvre fut, selon Fernand Braudel, « le plus grand historien du XX<sup>e</sup> siècle ».
Professeur au lycée de Besançon de 1907 à 1912 - l'enseignant est qualifié par ses supérieurs de « jeune maître distingué en qui le métier vaut le savoir » - le grand spécialiste du XVI<sup>e</sup> siècle fut aussi un militant qui donna à l'hebdomadaire Le Socialiste Comtois une trentaine d'articles non signés qui n'ont pas été à ce jour étudiés en France.
Joseph Pinard comble cette lacune et analyse les cris du coeur d'un jeune intellectuel indigné par les injustices criantes de son temps, viscéralement hostile aux radicaux au pouvoir - et singulièrement à Clemenceau « sourire sinistre sur sa face de mort » - convaincu de l'imminence d'une révolution politique et sociale qu'il appelle de ses voeux.
Joseph Pinard dresse un tableau de la ville de Besançon au début du XX<sup>e</sup> siècle, analyse la vie politique, sociale, religieuse, intellectuelle de la capitale comtoise, évoque le rôle des sociétés savantes, de la franc-maçonnerie, fait place à une étude de contenu d'une presse locale pluraliste qui verse dans d'étonnantes et virulentes polémiques. L'auteur donne des coups de projecteurs sur les bouillonnantes années de l'avant 1914, marquées par les progrès du syndicalisme et du socialisme, la contestation du patriotisme. Cet éclairage, à partir de données provinciales jusque-là peu étudiées, permet d'avoir un regard neuf sur une période passionnante à la veille de la Grande Boucherie.