Femmes photographes : émancipation et performance (1850-1940)

Le XIX<sup>e</sup> siècle et le début du XX<sup>e</sup> siècle donnèrent
lieu à une belle rencontre : celle d'un nouveau médium,
la photographie, avec les femmes. Le premier peinait
à accéder au statut d'art, réservé à la peinture.
Les secondes étaient exclues de la sphère intellectuelle
et artistique. Leur alliance mit à jour des expériences
incroyablement fertiles, préfigurant nombre de pratiques
des années 1970, de la performance au body art.
Ce livre retrace l'histoire de ce trajet commun, à travers
douze aventures singulières : Julia Margaret Cameron,
Madame Yevonde, Iady Clementina Hawarden.
Hannah Cullwick, Virginia Oldoini (comtesse de
Castiglione), Anne Brigman, Alice Austen, Claude Cahun,
Gertrud Amdt, Hannah Höch, Tina Modotti et
Leni Riefenstahl. Toutes se sont approchées, dans des
conditions historiques peu favorables, de refoulements
caractéristiques du monde occidental, particulièrement
ceux qui concernent le corps et le geste.
Souvent au prix de grandes difficultés, elles ont tenté
de s'approprier deux territoires dont elles étaient
bannies : la corporéité, et l'action.
Et si, nous demande l'auteur, la relégation dont elles
étaient l'objet n'avait pas aussi servi les femmes,
en les affranchissant des questions théoriques, auxquelles
elles n'étaient de toute façon pas conviées, les laissant
ainsi libres d'explorer leur propre identité, l'identité
du corps ? Et si, ajoute-t-elle, la photographie s'avérait
l'instrument idéal pour entrer dans l'action, et produire
des images qui sont autant de traces crédibles du rêve ?
Des dignes dames victoriennes (Cameron, Hawarden)
à la pauvre servante (Cullwick), des engagements
de Modotti à ceux de Riefenstahl, des frasques de
la Castiglione à la discrétion de Höch, du lesbianisme
revendiqué de Cahun au «naturisme» de Brigman,
des déguisements d'Arndt à ceux d'Austen, et jusqu'à
la causticité de Yevonde, il y a mille façons de raconter,
de mettre en jeu le corps, parfois opposées.
La photographie, ouverte à l'exhibitionnisme,
au narcissisme, au voyeurisme, au fétichisme, s'offre
à tous les travestissements identitaires, à toutes
les recherches d'une identité sexuelle, de reconstruction
du réel, et au militantisme.
Les images de ces pionnières dévoilent leur courage
et leur liberté, souvent aussi leur humour.
Largement méconnues, elles rendent compte d'un travail
trop longtemps dédaigné.